Texte rédigé à l’occasion du premier concours d’éloquence de l’ENSAL.
Crayon ou sourie ?
Sujet du concours
Dans la lignée des questions pute-à-cliques « préférez-vous les balades en mer ou en montagne ? » « Allumettes ou briquet ? » ou un bon vieux « Slip ou caleçon ? », la question « plutôt crayon ou souris ? » révèle en fait deux manières de penser : le confort ou le style.
La question de l’utilisation d’un crayon ou d’une souris dans la création artistique et architecturale relève, en plus de cette dualité, de l’idée d’évolution créative et technologique. Dans cette perspective, le crayon représenterait alors la créativité ancestrale alors que le technocrate derrière son ordinateur se transforme lui-même en machine à dessiner. Pourtant, les deux méthodes ne sont pas dénuées d’arguments puisqu’elles relèvent chacune, rappelons-le, d’une manière de penser.
La main est le premier intermédiaire par lequel transite l’information. L’enfant gribouille, colorie, l’ado prend des notes et dessine des strips de bande dessinée. Enfin, nous voilà étudiants en architecture dessinant le premier jet d’un projet, des schémas et des croquis. Gommant, redessinant et améliorant, nous nous retrouvons submergés par des tonnes de papiers éparpillés. Mais la main concerne autant le dessin que l’écriture. Or, des études ont montré que lors de l’apprentissage, prendre des notes de cours à la main les ancrent plus profondément dans notre mémoire que lorsque l’on tape à l’ordinateur.
L’ordinateur, lui, permet de rendre propres et lisibles nos propos pour les présenter ou les partager. Interrogé sur le passage au tout-numérique dans un interview, Renzo Piano répond qu’un mauvais architecte ne sera pas meilleur avec une souris ; si il est mauvais à la main, il le restera derrière son écran. L’ordinateur, en fin de compte, rend l’homme plus intelligible à défaut de le rendre plus intelligent. La machine donne au dessin une impression de finitude, plate et sans appel. En plus d’être plus propre artistiquement, le dessin à l’ordinateur allège considérablement nos sacs-à-dos et rend notre espace de travail plus clair.
Mais à l’air du développement durable pouvons-nous nous permettre de boycotter l’industrie du papier pour soutenir celle du nucléaire qui fabrique électricité de nos engins ? Que l’on soit carnistes ou véganes, l’essentiel n’est il pas de se sentir à l’aise avec ses outils de création ?
Personnellement, j’aurais adoré être défendre à fond les tables à dessin. Après un semestre complet de dessin à la main, j’arrivais à main levée, à dessiner une porte d’exactement 90 ou 80 cm au 1/100 et au 1/50 sans mesurer. Mais les exigences d’efficacité sont aujourd’hui trop fortes pour que je puisse les ignorer. Alors oublions les souris et crayons, mais créons, crions et croyons. Après tout, prend ton crayon et sourie.
